Obtention des attestations de recherche à l’Ecole Normale (EN ): Entre discrimination et lenteur administrative

La procédure à suivre en vue de l’obtention des autorisations d’absence et d’accès auprès des personnes à enquêter est un chemin de croix pour le chercheur à l’école normale. Il vaut mieux redéfinir les rôles des différents responsables administratifs en vue de supprimer tout préjugé de favoritisme. Mieux encore, décentraliser la signature et laisser aux normaliens le libre choix de l’autorité signataire au sein de l’école.

La phase exploratoire ou expérimentale dans le cadre de la rédaction des mémoires de fin de formation à l’EN est précédée et même conditionnée par l’obtention d’une autorisation d’accès auprès des individus à enquêter et une permission d’absence du directeur de l’EN. Ces autorisations exigent la formulation des demandes adressées au directeur sous le couvert du chef service chargé des études et des stages (SES) et qui doivent absolument transiter par la surveillance générale pour nécessité d’ordre et de respect de la procédure hiérarchique.

En effet, après avoir médité sur une éventuelle descente sur le terrain pour les 22 et 23 février 2001, ce jour m’a surpris encore à la formulation d’une troisième demande après rejet de deux autres engagées depuis le lundi 19 février. Formulées le 22, les dates retenues sur cette demande pour l’exploration sont fixées au 26 et 27 février, je me suis rendue à la surveillance en fin de journée pour vérifier l’évolution de mes demandes.

A ma surprise, ma demande demeure encore à la surveillance. Le même constat est fait le vendredi 23 mars que la descente est prévue pour le lundi 26. La consolation devant cette situation vient du surveillant général qui me rassure de suivre mes demandes le lundi matin pour rendre effectif ma descente sur le terrain avant 10h. Malgré le Week-end qui s’impose, 10 h30 du lundi matin ne tarde pas à venir alors que les demandes n’ont pas bougé d’un pouce. Une fois de plus le SG me rassure: " je vais les transmettre au chef SES tout à l’heure. " Le résultat est clair en fin de journée : les demandes sont une fois de plus rejetées par le chef SES pour la raison suivante : " nous sommes déjà le 26  »

Dois-je me procurer d’une rame de papier uniquement pour la formulation des demandes pour la circonstance ? Puis-je descendre sur le terrain sans autorisation ? Sinon, que dois-je faire pour rentrer aussitôt en possession d’une autorisation d’accès pour mener mon exploration avant la semaine qui était déjà une semaine de stages pratiques ? Voilà autant de questions qui ont meublé ma réflexion.

Entre temps, je fais part de ma mésaventure à un des professeurs qui m’encourage à rédiger une autre demande que je déposerais à la surveillance. Par ailleurs, ce dernier, tout en m’informant, condamne le système selon lequel dit-il, les autochtones déposent leurs demandes directement au secrétariat du directeur pour obtenir la signature de leur autorisation en foulant au pied la procédure normale. Mais je me suis posée des questions : Ne serait-ce pas à cause de la lenteur de la procédure que les autochtones se sont retrouvés dans l’obligation de faire recours à leurs frères du secrétariat ? Pour nous qui sommes allogènes, qu’est-ce que la surveillance et le bureau du SES ont fait pour qu’il ait égalité de chance d’accès aux signatures des demandes avec les autochtones alors qu’ils savent ce qui passent avec ces derniers ? Au bout de ce questionnement, j’ai pris l’initiative de formuler une et une dernière demande avec laquelle j’ai décidé de frapper directement aux portes du secrétariat bien que brûlant les étapes et n’étant pas autochtone.

Le mardi matin, j’ai pris tout mon courage pour aborder le secrétariat. A ma grande surprise, je suis bien reçu et l’opportunité m’est donnée de poser clairement mon problème. Après description de la triste situation vécue au niveau de la hiérarchie inférieure et avec les demandes rejetées à l’appui, le secrétaire s’est saisi de mes nouvelles demandes, y a apposé son cachet et les a soumis directement à la dactylographie, sans tenir compte du fait que j’étais allogène. Une heure de temps après, je suis rentré en possession de mes autorisations sans la moindre négociation. Il en était ainsi pour toutes les demandes qui y parvenaient. Une réflexion profonde sur ce problème nous amène à nous poser la question de savoir si le tort est celui du directeur ou de l’institution. Pourquoi les autochtones se font-ils signer les autorisations directement sans suivre la procédure normale ?

Notes

Cette fiche a été réalisée dans le cadre du processus " Gouvernance en Afrique : dialogues sur la décentralisation et l’intégration régionale « , lors de la rencontre du collège des éducateurs qui s’est tenu du 03 au 05 avril 2001 à la maison de la culture du palais du sultan Ibrahim Njoya à Foumban.

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